Bilan à la fin de l’année 2008

Ce document est issu d’un travail réalisé dans le cadre du programme du contrôle qualité et de gestion des nappes   souterraines de Gironde, programme financé à 80 % par le Conseil Général de Gironde (avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne) et à 20 % par le BRGM.

Sommaire de l’article :

I. CONTEXTE GENERAL

Le département de la Gironde se caractérise par la présence d’importantes réserves en eaux souterraines  . Il fait aussi partie des départements où les nappes   profondes sont les plus exploitées (142,7 millions de m3 prélevés dans les nappes  , à l’exception de celles du Plio-Quaternaire, en 2008).

Le suivi piézométrique   des nappes   a débuté en 1958 sur la nappe   de l’Eocène inférieur à moyen et a progressivement été étendu aux 6 grands systèmes aquifères   du département. Les données acquises au cours de ces 50 dernières années ont permis d’initier des études visant à mieux connaître le comportement des aquifères   (ex : modélisation des aquifères   du bassin   nord aquitain), de mettre en évidence la surexploitation de certains d’entre eux et de délimiter les secteurs les plus sensibles. Parallèlement, le contrôle de la qualité des eaux souterraines   a débuté en 1990 avec pour objectifs, l’identification des aquifères   les plus vulnérables et la mise en évidence d’une éventuelle dégradation des ressources.

D’un point de vue réglementaire, le SAGE « Nappes   Profondes de Gironde », approuvé par l’arrêté préfectoral du 25 novembre 2003, légitime ces missions de suivi. Ces dernières s’inscrivent aussi dans le cadre plus large de la Directive   Cadre Européenne sur l’Eau (DCE) du 23 octobre 2000 qui fixe aux états membres de l’Union Européenne des objectifs de reconquête de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques d’ici 2015 et préconise, pour ce faire, des procédures de surveillance quantitative et qualitative des masses d’eau.

En 2008, le suivi quantitatif des points patrimoniaux (dits aussi « RCS ») a été financé par l’ONEMA. Le suivi piézométrique   des points départementaux ainsi que le suivi qualitatif de l’ensemble des points de contrôle a été cofinancé par le Conseil Général (à hauteur de 80 % et avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne) et par le BRGM (à hauteur de 20 %) qui a assuré les missions techniques.

Ces dernières ont consisté à collecter les informations relatives aux prélèvements (quantité + qualité), à suivre l’évolution des niveaux et de la qualité des 6 grands systèmes aquifères   du département et à valoriser les données quantitatives et qualitatives recueillies. A noter qu’une partie du financement CG33/BRGM a été utilisée pour moderniser le réseau départemental avec la mise en place de 39 enregistreurs télétransmis.

La poursuite de l’acquisition des données vise à fournir les éléments de connaissance nécessaires au tableau de bord du SAGE, à la gestion des prélèvements (en permettant, entre autres, une actualisation des Volumes Maximums Prélevables Objectif - VMPO - définis dans le SAGE), à l’évaluation des ressources potentielles et au diagnostic de l’état des nappes  , afin de répondre aux exigences de la DCE.

II. BILAN DES PRELEVEMENTS 2008

En 2008, les volumes retenus au sens des VMPO (prélèvements effectués dans les nappes   du Plio-Quaternaire, de l’Oligocène de l’Entre-Deux-Mers, de la base du Crétacé supérieur et du Jurassique exclus) ont atteint 139,6 millions de m3. La répartition par aquifère   est la suivante :

  • 15,9 Mm3 prélevés dans les nappes   du Miocène, soit 11,4 % des volumes totaux,
  • 61,1 Mm3 prélevés dans la nappe   de l’Oligocène, soit 43,8 % des volumes totaux,
  • 59,3 Mm3 prélevés dans les nappes   de l’Eocène, soit 42,5 % des volumes totaux,
  • 3,3 Mm3 prélevés dans la nappe   du sommet du Crétacé supérieur, soit 2,3 % des volumes totaux.

Par rapport à 2007, ces prélèvements ont :

  • diminué de 0,31 Mm3 (soit - 1,9 %) dans les nappes   du Miocène, de 5,3 Mm3 (soit - 8,0 %) dans la nappe   de l’Oligocène et de 0,04 Mm3 (soit - 1,3 %) dans la nappe   du sommet du Crétacé supérieur,
  • augmenté de 0,17 Mm3 (soit + 0,3 %) dans les nappes   de l’Eocène,
  • diminué dans leur ensemble de 5,5 Mm3, soit de 3,8 %.

Le tableau et le graphique suivants (Fig.1) permettent de visualiser les différences entre les volumes prélevés en 2008 et les VMPO définis pour chaque unité de gestion du SAGE ainsi que l’évolution de ces écarts par aquifère   et par zone géographique depuis l’approbation du SAGE « Nappes   Profondes de Gironde » en 2003.

Fig. 1 : Evolution des écarts entre les volumes prélevés et les VMPO par aquifère et par zone géographique du SAGE depuis 2003"
Fig. 1 : Evolution des écarts entre les volumes prélevés et les VMPO par aquifère et par zone géographique du SAGE depuis 2003



Il apparaît ainsi que le total des prélèvements effectués en 2008 a été de 15,4 Mm3 inférieur au VMPO fixé pour l’ensemble des aquifères   profonds de Gironde (155,0 Mm3/an à l’horizon 2013).

Malgré ce bilan global satisfaisant, il apparaît qu’en 2008, la nappe   de l’Eocène (VMPO = 44,5 Mm3/an à l’horizon 2013) a été déficitaire, en particulier sur la zone Centre.

L’examen de l’historique sur la période 2003-2008 montre de plus que l’Eocène et le Miocène sont les deux aquifères   pour lesquels l’adéquation entre prélèvements et VMPO est la moins bonne.

Sur le plan géographique, la zone Centre est la seule qui soit surexploitée. Les écarts entre prélèvements et VMPO tendent toutefois aussi à diminuer sur cette zone depuis 4 ans.

Dans un contexte climatique peu favorable (6 années consécutives où le cumul annuel des précipitations a été inférieur à la moyenne), il apparaît que la gestion active des ressources et la mise en œuvre de mesures visant à économiser l’eau ont permis de maintenir les prélèvements en dessous du seuil des 155 millions de m3 lors des 5 dernières années et d’impulser une dynamique de rééquilibrage des prélèvements entre les différents aquifères  .

III. BILAN DES SUIVIS PIEZOMETRIQUES

Le réseau de suivi mis en place en 1958 sur la nappe   des « Sables de l’Eocène inférieur à moyen » a progressivement été étendu aux 6 grands systèmes aquifères   du département. En 2008, les 179 forages objets d’un suivi continu, mensuel ou trimestriel dans le cadre du programme « Contrôle qualité et gestion des nappes   d’eaux souterraines   en Gironde » sont représentés sur la figure 2.

Les niveaux piézométriques mesurés sur ces forages ainsi que sur les ouvrages du réseau complémentaire (236 mesures annuelles réalisées en 2008) ont permis d’établir des cartes piézométriques pour chaque aquifère  .

La carte établie pour l’aquifère   de l’Eocène inférieur à moyen en 2008 a été comparée à celles établies en 2003 (année de l’approbation du SAGE) et 2007 (année précédente).

La figure 3 permet de noter une évolution nette entre 2003 et 2007 avec la jonction des 2 zones où l’altitude de la piézométrie   est comprise entre 0 et - 5 m NGF, la progression de cette même zone vers le sud-est et une augmentation de la superficie de la zone où la piézométrie   est inférieure à - 25 m NGF.

Entre 2007 et 2008, les variations sont moins importantes. On note toutefois une augmentation de la superficie de la zone où la piézométrie   est comprise entre - 20 et - 25 m NGF ainsi que la disparition, au sud de Bordeaux (secteur de Martillac), d’une zone où l’altitude était inférieure à - 30 m NGF en 2007.

Fig.2 : Réseau piézométrique 2008"
Fig.2 : Réseau piézométrique 2008


Fig.3 : Evolution de la piézométrie de la nappe de l'Eocène inférieur à moyen entre 2003 et 2008"
Fig.3 : Evolution de la piézométrie de la nappe de l’Eocène inférieur à moyen entre 2003 et 2008



Pour les autres nappes  , les cartes établies avec les mesures réalisées en 2008 mettent en évidence :

  • la persistance d’une dépression piézométrique   (principalement due aux pompages effectués dans la nappe   sus-jacente de l’Eocène inférieur à moyen) à l’aplomb de Bordeaux pour la nappe   du Crétacé supérieur. On note toutefois une stabilisation des isopièzes 0, - 5, - 10 et - 15 m NGF au droit de l’agglomération bordelaise ;
  • une stabilisation des isopièzes relatives à la nappe   de l’Oligocène dans la zone littorale et dans la région bordelaise (on note toutefois des remontées sensibles au nord-ouest de l’agglomération et de légères baisses plus au sud). Au niveau de la ligne des 100 000 m3/jour (axe Léognan/Saucats), les isopièzes - 2,5 à + 5 m NGF se sont décalées vers l’ouest, ce qui traduit probablement la progression de la limite de dénoyage ;
  • une situation piézométrique   semblable à celle de 2007 pour l’aquifère   du Miocène inférieur (Aquitanien).

IV. BILAN DU SUIVI QUALITE

En 2008, le réseau de suivi qualitatif était constitué de 36 ouvrages patrimoniaux et de 20 ouvrages départementaux implantés dans le domaine minéralisé de l’Eocène, les formations éocènes de l’Estuaire et la partie vulnérable de l’Oligocène (cf. Fig. 4).

Fig.4 : Réseau qualité 2008"
Fig.4 : Réseau qualité 2008



Les analyses réalisées depuis 1990 (sur certains points) ont permis de définir les caractéristiques géochimiques de chaque nappe   (cf. rapport BRGM/RP-56793-FR) et de mettre en évidence des disparités entre aquifères  . Il apparaît ainsi :

  • que la nappe   de l’Eocène inférieur à moyen du domaine minéralisé est la seule à présenter une conductivité moyenne supérieure à 1000 µS/cm*,
  • que toutes les nappes  , à l’exception de celles de l’Eocène supérieur et de l’Oligocène vulnérable, présentent une teneur moyenne en fer supérieure à 0,2 mg/l*,
  • que seules les nappes   du Secondaire et de l’Eocène inférieur à moyen du domaine minéralisé présentent des teneurs moyennes en fluor supérieures à 1,5 mg/l**.

Pour les nitrates  , l’examen des analyses effectuées entre 2003 et 2008 montre que le nombre de détections varie selon les années mais ne présente pas de tendance marquée à la baisse ou à la hausse. L’aquifère   de l’Oligocène, dans sa partie vulnérable, reste par contre le plus contaminé avec une teneur moyenne de 17,7 mg/l sur la même période (à titre d’information, celle de l’aquifère   plio-quaternaire n’atteint que 11,9 mg/l).

Enfin, le dosage systématique des pesticides et des composés inscrits sur les listes de l’Agence de l’Eau en 2008 (avec distinction de l’environnement agricole ou urbain) a permis de mettre en évidence les molécules suivantes :

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