Chronostratigraphie et distribution spatiale des dépôts éoliens quaternaires du Bassin aquitain [L. Sitzia, 2014]

La soutenance de thèse de doctorat de Luca Sitzia s’est déroulée le 03 février 2014 à de l’Université de Bordeaux.

Titre de la thèse : « Chronostratigraphie et distribution spatiale des dépôts éoliens quaternaires du Bassin   aquitain »

Résumé :
Les dépôts éoliens quaternaires du Bassin   aquitain constituent un rare exemple de système éolien périglaciaire fossile loin des marges des grands inlandsis. L’étude de ce système permet d’appréhender l’expression de la dynamique éolienne dans une région située, au cours des stades glaciaires, à la charnière entre le domaine nord- européen sous influence du pergélisol continu et la ceinture semi-aride/aride à gel saisonnier du sud de l’Europe. L’étude de ces dépôts éoliens contribue enfin à améliorer la caractérisation des paysages auxquels les groupes paléolithiques du SO de la France ont été confrontés. Dans cette perspective, ce travail propose un bilan chronostratigraphique des accumulations sableuses pléistocènes et holocènes dans le désert des Landes, ainsi qu’une analyse cartographique des principaux faciès   éoliens du Bassin   aquitain. Le bilan est fondé sur l’étude stratigraphique détaillée (faciès   sédimentaires, paléopédologie) de nombreuses coupes inédites et sur 75 dates numériques (OSL, ESR, 14C). La morphologie des édifices dunaires, l’organisation spatiale des faciès   et leur origine sont abordées en combinant : 1) une étude cartographique des dunes à l’aide d’un SIG ; 2) une étude géostatistique des variations d’épaisseur et des gradients granulométriques ; 3) une étude géochimique (statistiques multivariées pour données compositionnelles) des dépôts loessiques et de leurs sources potentielles. L’histoire de l’erg landais qui en résulte s’avère être complexe. Cet erg s’installe dès le Pléistocène inférieur et des épandages sableux Pléistocène moyen ont été documentés, en accord avec les enregistrements en milieu loessique. Un cadre chronostratigraphique détaillé est établi pour le Pléistocène supérieur. La phase la plus ancienne (56–50 ka) correspond à des épandages sableux en contexte relativement humide, influencé par les variations du niveau de la nappe   phréatique et associé à de vastes champs de rides barkhanoïdes ou transverses de faible ampleur (type zibars). Pendant cette phase, un gley tourbeux se développe et témoigne d’un épisode de diminution de la sédimentation sableuse (probablement GI-14), associé à une végétation steppique à graminées et armoises. Entre 50 et 25 ka, les accumulations sableuses sont rares en réponse à l’éloignement du rivage lié à la baisse du niveau marin et/ou à cause d’une diminution de l’activité éolienne suite à l’installation d’un pergélisol. Entre 25 et 14 ka, de vastes épandages sableux se forment dans un contexte de plus en plus sec et cette phase correspond vraisemblablement à l’extension maximum du désert des Landes. Au Tardiglaciaire, la colonisation des sables par la végétation est tardive et la dynamique éolienne reste active tout au long du Bølling et jusqu’à la première partie de l’Allerød. L’installation d’une forêt boréale dans les Landes se produit à la fin de l’Allerød et se marque par le développement d’un podzosol juvénile. Au cours de la détérioration climatique du Dryas récent, des champs de dunes paraboliques s’édifient. Leur mise en place semble avoir débuté localement dès l’oscillation froide intra-Allerød. Pour le Pléistocène supérieur, les principaux facteurs qui ont contrôlé la distribution des faciès   éoliens et le bilan sédimentaire ont pu être définis. D’un point de vue paléogéographique, l’erg aquitain apparait composé d’une mosaïque de dépôts éoliens d’âge différent : principalement Pléistocène moyen dans le Médoc, Pléniglaciaire moyen weichsélien au sud du Plateau girondin et Pléniglaciaire supérieur dans le sud des Landes. La comparaison avec les enregistrements éoliens européens (Pays-Bas, Angleterre, NO de la France, Espagne, Portugal) montre que le Bassin   aquitain présente de nombreuses affinités avec le SO de l’Europe. La modélisation spatiale de la granularité des dépôts éoliens et l’étude géochimique convergent vers une relation génétique entre les différents faciès éoliens. Les loess dérivent principalement de l’abrasion des sables. Seuls les loess de l’Entre-deux-Mers montrent une contribution d’origine fluviatile significative. La direction des vents nourriciers, obtenue à partir des gradients granulométriques et des morphologies dunaires, semble avoir changé au cours du temps. Celle-ci est orientée O-E au Pléniglaciaire moyen, puis NO-SE au Pléniglaciaire supérieur, tandis qu’au Dryas récent, la direction est plutôt SSO-NNE. Dans ce travail, l’hypothèse d’un changement de la saison à laquelle les sables sont remobilisés est privilégiée. Ainsi, par comparaison avec la distribution azimutale actuelle des vents à l’échelle de l’année et en accord avec les reconstitutions pour le LGM, il est suggéré qu’au Pléniglaciaire supérieur la déflation éolienne était décalée vers la saison estivale, c’est-à-dire après la phase de dégel des sols et de fonte de la neige. Au contraire, les orientations établies pour le Pléniglaciaire moyen et le Dyras récent refléteraient une déflation active en période
hivernale.

Mots-clés : dépôts éoliens ; périglaciaire ; paléoenvironnement   ; paléopédologie ; géochimie ; géostatistique ; SIG ; géomorphologie ; Bassin   d’Aquitaine ; Erg Landais ; désert des Landes de Gascogne ; dynamiques de peuplement en milieu désertique

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