Situation à fin 2011

Ce document est issu d’un travail réalisé dans le cadre du programme du contrôle qualité et de gestion des nappes   souterraines de Gironde, programme financé à 80 % par le Conseil Général de Gironde (avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne) et à 20 % par le BRGM.

Sommaire de l’article :

I. CONTEXTE GENERAL

Le département de la Gironde se caractérise par la présence d’importantes réserves en eaux souterraines  . Il fait aussi partie des départements où les nappes   profondes sont les plus exploitées 177,5* millions de m3 prélevés dans les eaux souterraines   dont 128,1* millions dans les nappes   profondes en 2011.

Le suivi piézométrique   des nappes   a débuté en 1958 sur la nappe   de l’Eocène et a progressivement été étendu aux 5 grands autres systèmes aquifères   du département (Jurassique, Crétacé supérieur, Oligocène, Miocène et Plio-Quaternaire). Les données acquises au cours de ces cinquante dernières années ont permis d’initier des études visant à mieux connaître le comportement des aquifères   (ex : modélisation des aquifères   du bassin   nord aquitain), de mettre en évidence la surexploitation de certains d’entre eux et de délimiter les secteurs les plus sensibles. Parallèlement, le contrôle de la qualité des eaux souterraines   a débuté en 1990 avec pour objectifs, l’identification des aquifères   les plus vulnérables et la mise en évidence d’une éventuelle dégradation des ressources.

Au-delà de la volonté départementale de mieux connaître les ressources souterraines, le SAGE « Nappes   profondes de Gironde », approuvé par l’arrêté préfectoral du 25 novembre 2003, est né de ces missions de suivi. Ces dernières s’inscrivent aussi dans le cadre plus large de la Directive   Cadre européenne sur l’Eau (DCE) du 23 octobre 2000 qui fixe aux Etats membres de l’Union Européenne des objectifs de reconquête de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques d’ici 2015 et préconise, pour ce faire, des procédures de surveillance quantitative et qualitative des masses d’eau.

Depuis 2008, le suivi quantitatif des points dits « RCS » est sous la maîtrise d’ouvrage de l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques). Le suivi piézométrique   des points départementaux ainsi que le suivi qualitatif de l’ensemble des points de contrôle est, quant à lui, cofinancé à hauteur de 80 % par le Conseil Général (avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne) et à hauteur de 20 % par le BRGM qui assure les missions techniques.

En 2011, ces missions ont consisté à collecter les informations relatives aux prélèvements (quantité + qualité), à suivre l’évolution des niveaux et de la qualité des 6 grands systèmes aquifères   du département et à valoriser les données quantitatives et qualitatives recueillies.

La poursuite de l’acquisition des données vise à fournir les éléments de connaissance nécessaires au tableau de bord du SAGE, à la gestion des prélèvements, à l’évaluation des ressources potentielles et au diagnostic de l’état des nappes  , afin de répondre aux exigences de la DCE.

II. BILAN DES PRELEVEMENTS 2011

En 2011, les volumes retenus au sens des VMPO (prélèvements effectués dans les nappes   du Plio-Quaternaire, de l’Oligocène de l’Entre-deux-Mers et du Jurassique exclus) ont atteint 127,4* millions de m3 (baisse de 6,7 % par rapport à 2010). La répartition par aquifère   est la suivante (tableau 1) :

Tableau 1 : Volumes prélevés en 2011 et écarts par rapport à 2010"
Tableau 1 : Volumes prélevés en 2011 et écarts par rapport à 2010



Dans le cadre de la révision du SAGE, de nouveaux VMPO ont été calculés pour tenir compte de l’avancée des connaissances sur les aquifères  . Les nouveaux VMPO mentionnés dans le PAGD (Plan d’Aménagement et de Gestion Durable de la ressource approuvé par la CLE -Commission Locale de l’Eau- en mars 2012) tiennent désormais compte de la nappe   de la base du Crétacé supérieur et font la distinction entre Eocène supérieur et Eocène inférieur à moyen, sur les zones géographiques Médoc-Estuaire, Littoral et Nord. Le VMPO global a été fixé à 202,9 Mm3, soit 47,9 Mm3 de plus que la valeur précédente. Le tableau et le graphique suivants (Figure 1) permettent de visualiser les différences entre les volumes prélevés en 2011 et les différents VMPO du SAGE révisé.

local/cache-vignettes/L549xH182/gn33-2011-figure1a-29954.png
Remarque : Les unités de gestion (UG) où les VMPO n’ont pas été définis correspondent aux zones où l’aquifère   est discontinu ou trop profond pour être exploité

Figure 1 : Ecarts entre les volumes prélevés en 2011 et les VMPO révisés en 2012"
Figure 1 : Ecarts entre les volumes prélevés en 2011 et les VMPO révisés en 2012



Il apparaît que, seuls les prélèvements effectués dans la nappe   de l’Eocène au droit de la zone géographique Centre, ont été supérieurs au VMPO (fixé à 38,3 Mm3/an en 2012 et à 30 Mm3/an dans le SAGE 2003). Parallèlement, les prélèvements effectués au droit de cette même zone dans la nappe   de l’Oligocène ont été inférieurs de 3,74 Mm3 par rapport au VMPO (fixé à 48 Mm3/an). En 2011, l’existence de problèmes qualitatifs sur des ressources oligocènes majeures de la zone Centre utilisées pour l’AEP   a impliqué le transfert temporaire des prélèvements sur la nappe   de l’Eocène. Cette nappe   a aussi été largement sollicitée par les industriels au droit de la presqu’île d’Ambès dès la fin mai en raison des restrictions de prélèvements dans la Garonne (étiage sévère) et de la remontée précoce du bouchon vaseux.

III. BILAN DES SUIVIS PIEZOMETRIQUES

Le réseau de suivi mis en place en 1958 sur la nappe   de l’Eocène inférieur à moyen a progressivement été étendu aux 5 autres grands systèmes aquifères   du département. En 2011, le suivi piézométrique   réalisé par le BRGM a porté sur 67 ouvrages dits « RCS » (Réseau de Contrôle et de Surveillance, financé par l’ONEMA) et 133 ouvrages dits « RCD » (Réseau départemental, financé par le Conseil Général de Gironde, le BRGM et l’Agence de l’Eau Adour-Garonne). Ces 200 points ont fait l’objet d’un suivi continu, mensuel ou trimestriel et ont été représentés sur la figure 2. En complément, 270 mesures ont été réalisées sur des points dits « annuels ».

Figure 2 : Réseau quantité 2011"
Figure 2 : Réseau quantité 2011



Depuis 2010, les cartes piézométriques sont établies au moyen des méthodes géostatistiques (krigeage avec dérive externe) validées dans le cadre du module 2 de la convention « Eaux souterraines   » passée entre l’Etat, le BRGM et la Région Aquitaine avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.

Pour chaque aquifère   profond étudié, la méthode a consisté à sélectionner les données, à les préparer, à les vérifier et à les traiter. Dans tous les cas, la dérive externe utilisée correspond à la piézométrie   issue du modèle Modèle Nord-Aquitain (MONA) de l’année n-2 (soit 2009 pour établir les cartes 2011).

Pour chacune des nappes   précédemment citées, une carte piézométrique   ainsi qu’une carte d’indice de confiance (écart-type des valeurs interpolées) ont pu être obtenues.

La figure 3 représente les cartes obtenues pour la nappe   de l’Eocène inférieur à moyen. Par rapport à la version 2010, on remarque une crête piézométrique   plus marquée au droit de Sainte-Hélène, une baisse de la piézométrie   au sud du Bassin   d’Arcachon, une extension des courbes isopièzes - 10 m et - 20 m NGF au droit de la dépression bordelaise ainsi qu’une nette progression des isopièzes - 5 m et 0 m NGF vers l’est. En moyenne, la nappe   a baissé de 71 cm entre 2010 et 2011.

La carte d’indice de confiance associée montre que l’extrême sud-est du département et la bordure littorale, dans une moindre mesure, correspondent aux secteurs où la carte piézométrique   est la moins fiable en raison d’une densité de points de mesure plus faible.

Figure 3 : Carte piézométrique et carte des indices de confiance pour la nappe de l'Eocène inférieur à moyen (année 2011)"
Figure 3 : Carte piézométrique et carte des indices de confiance pour la nappe de l’Eocène inférieur à moyen (année 2011)



En ce qui concerne les autres nappes  , on a observé des baisses moyennes respectives de 32 et 37 cm sur les aquifères   du Miocène et de l’Oligocène, une certaine stabilité des niveaux de l’aquifère   de la base du Crétacé supérieur et une hausse des niveaux de l’aquifère   sus-jacent (sommet du Crétacé supérieur) en lien probable avec la diminution des prélèvements opérés dans ce réservoir (-17,6 %). Pour plus de détails, le lecteur pourra se référer au rapport BRGM/RP-61771-FR.

IV. BILAN DU SUIVI QUALITE

En 2011, le réseau de suivi qualitatif était constitué de 36 ouvrages dits « RCS » et de 16 ouvrages dits « RCD » implantés dans le domaine minéralisé de l’Eocène, la partie vulnérable de l’Oligocène ou l’Estuaire (cf. Figure 4).

Figure 4 : Réseau qualité 2011"
Figure 4 : Réseau qualité 2011



Le calcul des teneurs moyennes des différentes masses d’eaux souterraines   (sur la base des résultats obtenus en 2011 sur les points RCS, RCD et les captages d’eau potable contrôlés par l’ARS) a permis de mettre en évidence un certain nombre de teneurs supérieures aux limites et références de qualité des eaux souterraines   brutes ou des eaux destinées à la consommation humaine.

La plupart des aquifères   de Gironde présentent des teneurs en fer supérieures à 200 µg/l. Les anomalies en manganèse (teneurs supérieures à 50 µg/l) sont aussi fréquentes. Elles concernent les calcaires oligocènes du littoral ainsi que la plupart des alluvions des cours d’eau.

La base du Crétacé supérieur et les alluvions de la Gironde sont aussi concernées par des anomalies de la conductivité (valeur supérieure à 1 100 µS/cm) et de la teneur en chlorures (teneur supérieure à 250 mg/l). Certaines masses d’eau peuvent enfin être concernées par des anomalies en sodium et fluor (base du Crétacé supérieur) ou en nitrates   (alluvions de la Dordogne) mais elles sont plus rares.

En ce qui concerne les micropolluants organiques, il apparaît qu’aucun pesticide, ni HAP (Hydrocarbure Aromatique Polycyclique), ni COHV (Composé Organo-Halogéné Volatil) n’a été détecté dans les eaux du Crétacé ou de l’Eocène en 2011. Dans le cas des nappes   plus superficielles (Oligocène, Miocène et Plio-Quaternaire) , 21 points sur 87 ont été concernés par la présence de pesticides, 7 points sur 87 par la présence de COHV et 4 points sur 87 par la présence de HAP. Le tableau suivant fait état des molécules quantifiées par les deux organismes en charge du suivi qualitatif (points communs possibles).

Tableau 2 : Nombre de points de contrôle ayant présenté des teneurs supérieures aux limites de quantification en 2011"
Tableau 2 : Nombre de points de contrôle ayant présenté des teneurs supérieures aux limites de quantification en 2011

* : Nombre de Points Concernés par une Quantification, NR = non recherché

Il apparaît que la simazine et les produits de dégradation de l’atrazine sont les molécules qui ont été le plus souvent quantifiées en 2011 sur les points suivis par le BRGM. Sur ces mêmes points, la fréquence de détection des pesticides a été plus forte sur les ouvrages sollicitant les formations oligocènes (24 molécules sur 10 points) que sur les ouvrages sollicitant les formations plio-quaternaires (13 molécules sur 9 points).

* : valeurs probablement sous-estimées en raison d’un faible taux de retour de l’enquête menée auprès des exploitants agricoles
** : valeurs calculées à partir des volumes 2011 et des volumes 2010 réactualisés (réaffectations de nappe possibles et prise en compte des volumes déclarés tardivement)

Revenir en haut