6 - Formations du Jurassique, du Crétacé supérieur et du Tertiaire dans le Fumélois

Département : Lot-et-Garonne
Âge : entre -153 et -32 Ma
Formation : Jurassique / Crétacé / Éocène
Carte géologique : 855



La balade en Fumélois s’effectue dans l’extrême nord-est du département de Lot-et-Garonne, entre les reliefs disséqués et boisés du Périgord Noir au nord, la vallée du Lot au sud et les plateaux ondulés du Nord-Agenais à l’ouest.

Cet itinéraire, long de 50 km environ, permet de découvrir les formations carbonatées sédimentées depuis l’ère Secondaire, entre -153 et -87 millions d’années, c’est-à-dire entre le Jurassique supérieur (Kimméridgien) et le Crétacé supérieur (Coniacien), ainsi que certaines formations continentales du Tertiaire, déposées entre -53 et -32 millions d’années (entre l’Eocène inférieur et l’Oligocène inférieur).

Cette balade parcourt la carte géologique à 1/50 000 de FUMEL, dont les levers ont été réalisés par des géologues du BRGM entre 1980 et 1983.

Ces formations constituent les principaux réservoirs des nappes   de l’extrême nord-est du département de Lot-et-Garonne, et les imperméables les séparant.

Huit sites peuvent être parcourus, présentant :

  • une formation régionalement imperméable du Jurassique : les calcaires micritiques   et marno-calcaires du Kimméridgien supérieur,
  • des formations régionalement aquifères   du Crétacé supérieur :
    • les calcaires karstifiés du Coniacien,
    • les calcaires gréseux du Turonien supérieur,
  • une formation éocène localement aquifère   : les argiles et sables kaoliniques de l’Yprésien (Eocène inférieur),
  • des formations oligocènes localement aquifères   :

Géologie

Cette balade présente des coupes géologiques de référence régionales illustrant :

  • différents faciès   et paléoenvironnements   typiques des plates-formes carbonatées du Mésozoïque (ère Secondaire), installées à la périphérie du Massif Central,
  • les matériaux d’érosion du Massif Central, qui les ont recouverts.

La grande diversité des faciès   calcaires est notamment le reflet des sédiments très variés qui se sont déposés en milieu marin littoral ou moyennement profond, dans le nord-est du département de Lot-et-Garonne, entre -200 et -65 millions d’années avant notre ère (majorité de la durée de l’ère Secondaire).

L’ensemble des couches s’enfonce progressivement depuis le nord-est, où affleure le sommet du Jurassique, vers le sud-ouest où se voit le Crétacé, puis surtout le Tertiaire. Cependant des ondulations (plissements structuraux) et des failles, consécutives à la poussée de la surrection   des Pyrénées à travers le bassin   d’Aquitaine, perturbent localement cet agencement : anticlinal   de Sauveterre-la-Lémance principalement, failles de Cuzorn…

Hydrogéologie  

A cause du pendage des couches vers le sud-ouest, les nappes   libres de la partie nord-est s’enfoncent progressivement vers le « fond » du bassin   et deviennent captives sous les différentes formations imperméables.

Il existe un nombre et une variété importante d’aquifères   superficiels (nappes   libres). Des plus récents aux plus anciens, citons :

  • les alluvions du Quaternaire, surtout captées pour l’agriculture dans les grandes vallées du Lot et de la Garonne,
  • certaines formations à l’intérieur de la série des Molasses tertiaires, comme la partie supérieure de celle du Fronsadais,
  • le Tertiaire sablo-argileux, recouvrant généralement les formations crétacées et ne prenant que peu d’importance,
  • les formations carbonatées du Crétacé supérieur n’affleurant que dans une petite partie nord-orientale du département.

Prolongement des nappes   superficielles, les principales nappes   profondes du secteur présenté sont de grande extension. Dans les séries sédimentaires ci-dessous, présentées de la formation la plus récente à la plus ancienne, on distingue les formations aquifères   observées dans cette excursion (en gras) :

  • les sables de l’Eocène inférieur, quand ils ne sont pas trop argileux. Cette nappe  , captive sous une importante épaisseur de molasses argilo-carbonatées, est par exemple exploitée à moins de 170 m de profondeur à Miramont-de-Guyenne.
  • les aquifères   plus ou moins karstiques   du Crétacé sont surtout captés dans le nord du Lot-et-Garonne, comme plus au nord en Périgord Noir, où leur profondeur (300 à 400 m) le permet. Les deux principaux aquifères   sont (log géologique du Crétace-Tertiaire) :
    • les calcaires et grès et sables du Coniacien-Santonien (50 à 250 m d’épaisseur), exploités entre Marmande et Villéréal, et entre Tonneins et Saint-Aubin / Savignac ;
    • et les grès et sables du Turonien moyen et supérieur, voire les calcaires sous-jacents (40 à 60 m d’épaisseur), plus rarement captés comme à l’ouest de Sainte-Livrade.
      Ils sont dans cette région séparés par les marnes imperméables du Coniacien inférieur. L’ensemble Turonien-Coniacien-Santonien constitue une des ressources les plus importantes pour l’alimentation des populations (A.E.P.  ) et l’agriculture, dans les départements du Lot-et-Garonne et de la Dordogne, ainsi que dans les deux Charentes.
  • les aquifères   calcaires karstiques   du Jurassique, qui sont séparés par des formations marneuses ou marno-calcaires. Cette série s’étend et s’approfondit sur un vaste domaine. L’ensemble aquifère   peut fournir des débits très élevés : il est très exploité en Lot-et-Garonne et y constitue la principale ressource d’eau souterraine pour l’A.E.P.   dans la moitié sud-orientale du département où les formations crétacées ont été érodées avant le dépôt des terrains de l’Eocène. Ce sont de haut en bas (log géologique du Jurassique) :
    • les calcaires et dolomies   du Kimméridgien basal / Oxfordien / Callovien (100 à 600 m d’épaisseur), surtout exploités entre Agen, Tonneins et Tournon-d’Agenais ;
    • et les calcaires et dolomies   du Bathonien / Bajocien-Aalénien (70 à 150 m d’épaisseur) plus rarement captés au sud d’Agen et de Nérac.

L’ensemble des aquifères   jurassiques est séparé de ceux du Crétacé par la très épaisse formation imperméable des marno-calcaires du Kimméridgien.

Les aquifères   profonds du Jurassique et du Crétacé supérieur sont alimentés par :

Les nappes   s’écoulent globalement vers l’ouest en s’approfondissant. Le caractère très karstique   des aquifères   entraîne des transferts souterrains rapides qui les rendent particulièrement vulnérables (turbidité  , nitrates  , aluminium,…).

Préhistoire

Cette région présente aussi une grande concentration en sites paléolithiques et mésolithiques : grottes et abris, traces d’habitats et de sépultures ont été découverts dans la région. Cette richesse est liée à l’extension à l’affleurement   des massifs calcaires du Coniacien et du Turonien, profondément entaillées par les vallées de la Lémance, de la Lède et de la Thèze. Leur altération par gélifraction   (liée au gel) et karstification a permis la création d’abris sous roche et de cavités.

L’itinéraire de la balade passe à proximité de plusieurs sites de gisements préhistoriques remarquablement riches, dont le site éponyme du Sauveterrien, défini par les gisements du Martinet et de Roc d’Allan, est caractérisé par ses pointes microlithiques.

Tourisme

Enfin cette balade ne peut pas se faire sans passer par un des sites les plus touristiques du secteur : le château-fort de Bonaguil, dont la masse imposante se détache dans le ciel, sur un éperon rocheux, à la confluence de deux vallons. Édifié à partir de 1477 par Béranger de Roquefeuil, sa construction dura 40 ans, alors que les premiers châteaux de style Renaissance voyaient le jour sur les bords de la Loire. Ce nid d’aigle féodal, dont la conservation est remarquable car il ne fut pratiquement jamais attaqué, semblait dès son époque être un anachronisme avec ses deux enceintes, ses cinq tours et son donjon à pans coupés.